Ikigaï & leadership : retrouver un cap quand la réussite ne suffit plus

Rédigé par Thierry Perrier – Coach de dirigeants et d’organisations

Quand un dirigeant vient questionner son impact

Il arrive parfois qu’un dirigeant pousse la porte d’un accompagnement non pas parce que son entreprise connait une difficulté, mais parce qu’au fond de lui quelque chose ne résonne plus.

L’activité fonctionne.
Les résultats sont là.
L’équipe tient debout.

Et pourtant, une fatigue diffuse s’installe. Une perte d’élan. Une sensation de décalage entre ce que l’on fait et ce que l’on est devenu.

Cette forme d’usure silencieuse est de plus en plus fréquente chez les dirigeants que j’accompagne à Annecy, Chambéry, Grenoble et plus largement en Rhône-Alpes ou sur Suisse.

Derrière les enjeux stratégiques ou organisationnels, une question plus intime apparaît souvent :

« Pourquoi est-ce que je fais encore tout cela ? »

C’est là que la notion japonaise d’Ikigaï peut devenir un éclairage puissant.

 

L’Ikigaï : bien plus qu’un outil de développement personnel

Popularisé en occident comme une méthode de reconversion professionnelle, l’Ikigaï est souvent réduit à un simple schéma de quatre cercles :

  • Ce que j’aime
  • Ce dans quoi je suis compétent
  • Ce dont le monde a besoin
  • Ce dont je peux tirer une rémunération

Mais dans la culture japonaise, l’Ikigaï est beaucoup plus subtil.
Il désigne une raison d’être profondément incarnée. Une énergie intérieure qui donne envie de se lever le matin.

Dans l’accompagnement des dirigeants, cette question devient essentielle car beaucoup ont construit leur réussite en réponse à des attentes extérieures : réussir, performer, rassurer, tenir, développer, prouver, croître.

Et à force de répondre aux besoins de l’organisation ou d’un regard social, certains finissent par s’éloigner d’eux-mêmes.

Étude de cas : quand le leadership devient uniquement gestion

J’accompagnais récemment le dirigeant d’une PME industrielle familiale en forte croissance.

À première vue, tout semblait fonctionner :

  • chiffre d’affaires en hausse,
  • organisation structurée et équipes alignées,
  • reconnaissance du marché,
  • projets ambitieux.

Pourtant, dès les premières séances, une phrase revenait régulièrement :

« J’ai l’impression d’être devenu gestionnaire de ma propre vie. »

Son quotidien était saturé d’arbitrages, d’urgences, d’un temps morcelé par une succession incessante de tâches, de pilotage financier et administratif, etc…

Il ne retrouvait plus ce qui, à l’origine, avait nourri son engagement entrepreneurial : créer, impulser et, faire grandir un collectif et les personnes qui le composent.

Peu à peu, nous avons exploré au-delà de ses problématiques opérationnelles, les récits qui avaient façonné son action et son  leadership.

Celui du « dirigeant solide ».
Celui qui doit tenir quoi qu’il en coûte.
Celui qui ne ralentit jamais.
Celui qui protège et assume.

Un récit puissant… mais devenu enfermant.

L’Ikigaï comme boussole du dirigeant

Dans un contexte économique où tout pousse à l’accélération, l’Ikigaï offre une autre lecture du leadership.

Non pas un leadership fondé uniquement sur la performance, mais sur une forme d’alignement entre ses besoins et envies profondes ..et ceux du monde.

Un dirigeant aligné prend souvent de meilleures décisions parce qu’il agit depuis un espace plus clair :

  • il sait ce qu’il veut construire,
  • ce qu’il refuse,
  • ce qu’il veut transmettre,
  • ce qu’il souhaite préserver.

Cela ne signifie pas abandonner l’exigence ou le souhait de créer une organisation “robuste” (au sens sonné par Olivier Hamant) dans ce monde chaotique.

Au contraire.

Les organisations les plus durables sont souvent portées par des dirigeants capables d’articuler :

  • vision,
  • sens,
  • responsabilité,
  • humanité.

Quand une organisation retrouve son Ikigaï collectif

Cette réflexion ne concerne pas uniquement les individus.

Les équipes et les organisations peuvent elles aussi perdre leur raison d’être vivante, leur “en-vies”.

Certaines entreprises deviennent progressivement hyper orientées process, ou animées d’ objectifs très opérationnels qui favorisent le désengagement des salariés et des autres parties prenantes.

L’accompagnement permet alors de rouvrir des conversations essentielles :

  • Pourquoi faisons-nous ce métier ?
  • Quelle contribution voulons-nous apporter ?
  • Qu’est-ce qui nous rend fiers ?
  • Que voulons-nous transmettre ?
  • Comment conjuguer nos aspirations personnelles et un projet collectif qui fait sens ?

Ces questions ne sont pas naïves. Elles restent d’une actualité brûlante.
Elles sont juste essentielles.

Conjuguer performance et humanité

Je crois profondément que les dirigeants d’aujourd’hui ont besoin d’espaces où ils peuvent penser autrement leur impact et leur posture.

Des espaces où ils ne sont plus uniquement réduits à leurs actions et leurs  résultats.
Des espaces où ils peuvent retrouver :

  • clarté,
  • discernement,
  • capacité d’action plus juste,
  • leadership vivant.
  • joie !

 

L’Ikigaï n’est pas une recette miracle.

C’est une invitation à réinterroger ce qui nous met profondément en mouvement.

Et peut-être, à redevenir auteur d’un leadership plus conscient, plus durable et plus humain.

Mon expertise correspond à vos besoins ?